À Fès, 2 500 ans de mémoire juive retrouvent leur écrin

by La Rédaction

Au cœur du Mellah de Fès, les objets racontent désormais ce que les siècles ont laissé en héritage. Manuscrits anciens, bijoux traditionnels, costumes de cérémonie et objets religieux composent les pages d’une histoire profondément marocaine. Le 12 octobre 2026, la capitale spirituelle du Royaume a inauguré son Musée de la Culture Juive Marocaine, un nouvel espace consacré à plus de 2 500 ans de présence juive au Maroc. Une ouverture qui dépasse la simple célébration patrimoniale pour rappeler combien la diversité a façonné l’identité du pays.

Le choix du lieu ne doit rien au hasard. Installé dans le Mellah historique, fondé en 1438, le musée prend place sur un terrain offert par la communauté juive de Fès. Lancé à l’initiative du roi Mohammed VI en avril 2019, le projet s’inscrit dans la réhabilitation de l’ancienne médina. Sur plus de 1 700 m², dont environ 1 200 consacrés aux expositions, l’architecture marocaine déploie ses zelliges, ses plâtres sculptés et ses boiseries peintes autour d’une fontaine de marbre. Un décor où l’artisanat devient lui-même un témoignage de cette mémoire partagée.

   

À l’intérieur, le parcours traverse les générations et les traditions. Rouleaux de la Torah, contrats de mariage, vêtements de fête, instruments de musique et pièces d’orfèvrerie évoquent aussi bien la vie spirituelle que le quotidien des familles juives marocaines. Une frise chronologique retrace les grandes étapes de leur histoire, tandis que les collections mettent en lumière les échanges entre communautés juives et musulmanes, leurs métiers, leurs coutumes et leurs contributions à la richesse culturelle du Royaume. Une manière de raconter l’histoire non seulement à travers les événements, mais aussi à travers les gestes, les visages et les objets qui ont accompagné des générations entières.

À quelques pas, le Palais Al-Batha, restauré et transformé en Musée des Arts de l’Islam, prolonge symboliquement ce dialogue entre les héritages. Deux institutions, deux expressions culturelles, mais une même histoire nationale. Cette proximité donne à l’inauguration une résonance particulière : celle d’un Maroc qui choisit de préserver toutes les composantes de sa mémoire, sans les opposer.

Au-delà des collections, ce nouveau musée porte une ambition de transmission. Il entend offrir aux jeunes générations un regard sur un patrimoine parfois méconnu, mais indissociable de l’histoire marocaine. Car à Fès, la mémoire juive ne se résume pas aux murs d’un ancien quartier ni aux vitrines d’un musée. Elle appartient à cette histoire commune qui continue de donner au Maroc sa singularité. Et désormais, elle possède un écrin à la hauteur de son héritage.

   

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