Il y a des histoires qui ne s’écrivent pas avec des mots, mais avec une aiguille et du fil. Pendant des siècles, les femmes marocaines ont brodé sur les étoffes bien davantage que des motifs décoratifs : des traditions, des souvenirs et tout un art de vivre transmis de génération en génération. C’est cet héritage, aussi délicat que précieux, que célèbre l’exposition « Tarz, Broder au Maroc, hier et aujourd’hui », inaugurée le 8 octobre au Musée national de la parure, dans la Kasbah des Oudayas à Rabat.
Organisée par la Fondation Nationale des Musées, en collaboration avec le Musée d’Angoulême en France, l’exposition invite à redécouvrir la richesse d’un savoir-faire profondément ancré dans l’identité marocaine. De Fès à Tétouan, de Rabat à Salé, en passant par Meknès, Chefchaouen ou Azemmour, chaque région possède ses motifs, ses couleurs et ses techniques. Sur les vêtements de cérémonie, le linge de maison ou les étoffes du quotidien, la broderie raconte aussi les différences régionales, les influences culturelles et l’élégance discrète des intérieurs marocains.
Mais « Tarz » est avant tout un hommage à celles qui ont préservé cet art. Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées, a tenu à saluer ces générations de femmes qui ont transmis avec passion leurs gestes et leurs techniques. Une reconnaissance qui donne à l’exposition une dimension profondément humaine : derrière chaque pièce, il y a des heures de patience, une maîtrise du geste et, souvent, une histoire familiale que le temps aurait pu effacer.
L’exposition possède également une histoire singulière. Présentée une première fois au Musée d’Angoulême en 2022, puis à l’Institut du monde arabe de Tourcoing en 2023, elle revient aujourd’hui sur la terre qui a inspiré ses collections. L’artiste textile marocaine Fatima Lévèque y fait dialoguer les broderies anciennes avec des créations contemporaines réalisées en collaboration avec des ateliers marocains. Une manière de rappeler que ce patrimoine n’appartient pas seulement au passé : il continue de vivre, de se transformer et d’inspirer.
Visible jusqu’au 31 janvier 2027, « Tarz » offre finalement bien plus qu’un voyage dans l’histoire de la broderie. Elle remet en lumière ces femmes dont les noms sont parfois oubliés, mais dont les gestes traversent encore les générations. Car si les modes passent et les étoffes vieillissent, certains fils, eux, ne se rompent jamais.