Bien avant que Marrakech ne devienne l’une des destinations les plus photographiées des réseaux sociaux, la ville exerçait déjà son pouvoir d’attraction sur artistes, écrivains, cinéastes et musiciens. Au cœur de cette histoire se trouve La Mamounia. Inauguré en 1923, le palace marrakchi a traversé les décennies en accueillant quelques-unes des personnalités qui ont façonné la culture du XXe siècle. Une histoire où se croisent notamment Winston Churchill, les Rolling Stones et, en 1973, Paul McCartney.
Churchill fait partie des visiteurs les plus étroitement associés à l’établissement et à Marrakech. Il aimait y séjourner durant l’hiver, au point que La Mamounia entretient encore aujourd’hui cette mémoire avec un bar portant son nom. Puis, au fil des années, le palace devient aussi un refuge pour les artistes. Pierre Bergé et Yves Saint Laurent s’y installent lors de leur arrivée à Marrakech en 1966, avant d’acquérir leur propre résidence dans la ville.
À la fin des années 1960, Marrakech entre pleinement dans l’imaginaire d’une nouvelle génération. Les Rolling Stones séjournent à La Mamounia en 1968, à une époque où le Maroc attire une partie de la scène rock et de la bohème internationale. L’hôtel n’est alors plus seulement une adresse prestigieuse : il devient l’un de ces lieux où les trajectoires artistiques croisent une ville qui fascine par sa lumière, son architecture et son atmosphère.
Mais l’une des plus jolies traces musicales laissées par cette époque arrive en 1973. Paul McCartney séjourne à Marrakech avec sa famille et compose « Mamunia », dont le titre est inspiré par La Mamounia. Le morceau sera ensuite enregistré à Lagos et figurera sur « Band on the Run », l’album de Paul McCartney and Wings paru la même année. Les sources discographiques confirment que la chanson a bien été écrite à Marrakech en 1973.
Plus d’un demi-siècle plus tard, l’anecdote conserve quelque chose de délicieusement évocateur. Imaginer l’ancien Beatle dans le Marrakech du début des années 1970 rappelle surtout à quel point la ville participait déjà aux circulations culturelles internationales. On venait y séjourner, certes, mais aussi peindre, écrire, composer, chercher une autre lumière ou simplement s’éloigner quelque temps de l’agitation européenne.
Et c’est peut-être là que réside la véritable nostalgie de cette histoire. Avant les publications instantanées, les stories et les images diffusées aux quatre coins du monde, Marrakech voyageait déjà par la peinture, le cinéma, la mode et la musique. « Mamunia » en demeure une petite empreinte sonore : celle d’un séjour marocain devenu chanson et d’une époque où quelques jours passés à Marrakech pouvaient finir gravés sur un disque.