À travers ces pages, c’est une mémoire vivante qui s’exprime. Celle d’Abdelhadi Belkhiyat, monument de la chanson marocaine, dont les mots résonnent aujourd’hui avec une gravité douce, teintée de lucidité et de sagesse. L’entretien, mené avec sincérité, nous plonge dans l’intimité d’un homme pour qui chanter n’était pas un métier, mais une mission de cœur. À mesure que les figures citées disparaissent – des compositeurs, des interprètes, des mentors, mais aussi ce patron algérien visionnaire qui lui ouvrit la voie de l’Égypte –, leur souvenir devient ici un fil narratif essentiel, témoin d’une époque d’or.
À cette lumière, l’aveu de Belkhiyat sur sa foi, son besoin de silence, sa retraite spirituelle, prend un relief particulier. Il ne parle pas seulement d’un parcours personnel : il raconte aussi la fin d’un monde artistique, celui des mélodies écrites à la main, des rivalités nobles, des studios de la RTM, et d’un Maroc qui croyait encore que la culture était un socle national. Le deuil de cette époque n’est pas nostalgique. Il est sobre, digne, porté par une voix qui ne s’est jamais perdue, même dans le silence.
Et dans cette disparition de repères – artistes, mécènes, valeurs – demeure, intacte, la grandeur d’un homme : celle d’un chanteur devenu conscience.