Il y a des matchs qui se gagnent au service. D’autres au mental. Et puis il y a ceux qui se gagnent à la toute dernière réserve — celle qu’on ne trouve qu’après des heures de lutte, quand les jambes ne répondent plus tout à fait, mais que la tête refuse de céder.
Ce matin, sur la Rod Laver Arena, Carlos Alcaraz et Alexander Zverev ont signé une demi-finale d’un autre temps : 5 heures et 27 minutes de bras de fer, un score en forme de roman, et surtout un repère statistique qui claque comme un coup de marteau : la demi-finale la plus longue de l’histoire de l’Open d’Australie.
Le scénario, lui, est presque cruel de précision. Alcaraz s’impose 6-4, 7-6(5), 6-7(3), 6-7(4), 7-5 : deux sets d’avance, puis deux tie-breaks qui lui échappent, et enfin un cinquième set où chaque point semble compter double, comme si le match avait décidé de se rejouer sur l’essentiel — la lucidité, la gestion des nerfs, le courage de frapper encore une balle “propre” quand tout tremble.
Ce record-là n’est pas un simple “plus long match” attrape-titre. Il vient effacer un fantôme de 2009, longtemps cité comme la référence des demi-finales à Melbourne : Rafael Nadal contre Fernando Verdasco, une bataille de 5 h 14 qui avait marqué l’époque par sa violence sportive et sa dramaturgie.
Pourquoi cette comparaison compte ? Parce qu’elle raconte l’identité de l’Open d’Australie : un tournoi où l’été australien transforme parfois les fins de match en test de résistance, où le cinquième set devient un territoire mental, et où le public finit par applaudir non pas un joueur… mais le fait même qu’ils tiennent encore debout.
Alcaraz, lui, n’a pas simplement “survécu”. Il a avancé, au sens plein du mot : ce succès l’envoie en première finale à Melbourne. Et, au passage, il se retrouve à une victoire de pouvoir compléter le Career Grand Slam (gagner les quatre tournois majeurs au cours d’une carrière), un horizon que l’ATP met explicitement en avant avant la finale.
Zverev, de son côté, n’a pas “perdu court”. Il a perdu au terme d’un match qui oblige à nuancer les mots : quand une demi-finale dure 5 h 27, elle laisse des traces qui dépassent la feuille de stats. Le duel a basculé au moment où le cinquième set a exigé une chose simple et terrible : tenir son engagement jusqu’au bout, alors que tout, dans le corps, réclame l’inverse. (Sur ce point, les comptes rendus concordent : l’issue s’est jouée dans les derniers jeux du set décisif.) 
Et c’est là que ce record devient un symbole “Version Homme” : l’élégance du tennis n’efface jamais sa vérité brute. Au sommet, la beauté n’est pas seulement dans la frappe — elle est dans la capacité à rester précis sous la fatigue, à continuer de choisir les bonnes zones, à contrôler l’ego quand le point précédent vous a échappé, à accepter que le match ne vous appartienne plus… et à le reprendre quand même.
Melbourne tient maintenant sa nouvelle référence : Alcaraz–Zverev, 5 h 27, et un record qui, comme tous les grands records, raconte moins une durée qu’une idée : à ce niveau-là, le temps n’est plus une unité. C’est un adversaire.