À Casablanca, l’hiver se vit sous le signe de l’abstraction, de la mémoire et du féminin avec From Abstraction to Feminism, une exposition consacrée à la pionnière de l’art moderne marocain, Malika Agueznay. Présentée à la Loft Art Gallery jusqu’au 28 février 2026, cette rétrospective, pensée par les commissaires Kristi Jones et Kenza Amrouk, offre une immersion rare dans l’univers d’une artiste à la fois incontournable et trop peu mise en lumière.
Première femme moderniste issue de la légendaire École des Beaux-Arts de Casablanca dans les années 1960, Malika Agueznay occupe une place singulière dans le panthéon artistique marocain, aux côtés de Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou encore Mohamed Chabâa. Mais là où ses contemporains s’imposent par des gestes forts et des compositions géométriques, Agueznay trace une voie plus intime, en symbiose avec la nature, les symboles du corps féminin, et une mémoire sensorielle qui traverse toute son œuvre.
L’exposition se déploie comme un voyage à travers les multiples médiums de l’artiste : peinture, gravure, sculpture, et installations suspendues. Dès l’entrée, les toiles invitent à un dialogue entre forme et couleur, où l’abstraction devient langage vivant. Puis l’espace s’ouvre sur un ensemble de sculptures suspendues, formes solaires et lunaires qui flottent entre ciel et sol, libérant la couleur de tout ancrage. On y perçoit des rythmes cosmiques, des échos organiques, comme une biologie imaginaire façonnée par l’artiste. Enfin, l’exposition se clôt sur des œuvres plus recueillies, presque méditatives, qui appellent à l’introspection.
La scénographie de la Loft Art Gallery accompagne cette traversée avec finesse : jeux de lumière, contrastes de matières, compositions ouvertes… Tout est fait pour rendre justice à une œuvre qui puise dans la modernité comme dans les traditions populaires marocaines, sans jamais se laisser enfermer dans une catégorie ou un style.
From Abstraction to Feminism n’est pas qu’une exposition rétrospective. C’est un geste de réhabilitation et de célébration. Elle redonne à Malika Agueznay sa juste place dans l’histoire de l’art contemporain au Maroc — celle d’une artiste libre, intuitive et profondément visionnaire.