Il y a des moments où les mots prennent le relais là où les discours officiels s’arrêtent. Avec Mama Africa, on t’a tout donné…, Adnane Benchakroun signe un poème puissant, empreint d’émotion contenue, devenu une œuvre musicale bouleversante. Six minutes durant, la voix s’élève, posée, grave et claire, portée par une intonation juste et sensible. Plus qu’un texte lu, c’est un cri calme, un miroir tendu à l’Afrique, dans le sillage d’une Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc avec passion, rigueur et foi.
Le poème, désormais mis en musique, explore ce sentiment complexe d’avoir tout donné – des infrastructures modernes, une organisation exemplaire, une hospitalité sincère – sans recevoir en retour la reconnaissance espérée. Le Maroc, dans cet effort, n’a pas seulement construit des stades ou assuré la sécurité : il a offert un geste symbolique d’unité et d’amour continental. Mais l’écho n’est pas revenu. À la place, des regards durs, des soupçons injustes, comme si la réussite dérangeait plus qu’elle n’inspirait.
La voix du poème ne se fait jamais amère. Elle reste digne, lucide, mais touchée. Il y a cette fatigue morale, celle de ceux qui ont voulu bien faire, et qui se retrouvent blessés d’avoir été mal compris. L’œuvre parle alors pour tous ceux qui croient que donner n’est pas un calcul, mais un engagement. Et surtout, elle pose une question dérangeante : pourquoi la réussite d’un frère devient-elle un motif de malaise ?
Cette version musicale du poème n’est pas qu’un simple accompagnement sonore. C’est une véritable déclaration d’amour – et de fidélité – à l’Afrique. À écouter, vraiment. Car derrière la beauté de la voix et de l’arrangement, se cache une blessure discrète, mais profonde. Et malgré tout, comme le conclut Benchakroun : on continue.