À 93 ans, Valentino Garavani s’en est allé, emportant avec lui une époque, une vision de la mode faite de grâce, de faste et de fidélité absolue à la beauté. Surnommé “le dernier empereur” dans un documentaire culte, Valentino n’était pas seulement un créateur : il était une institution vivante, un symbole de l’élégance italienne qui avait su séduire princesses réelles, stars hollywoodiennes et icônes de la haute société pendant plus d’un demi-siècle.
Dès la fondation de sa maison en 1959 à Rome, le ton était donné. Il ne s’agissait pas pour lui de suivre les tendances, mais d’incarner un idéal. Valentino voulait sublimer ses clientes, les transformer en déesses modernes, vêtues de dentelles immaculées, de soies chatoyantes et, surtout, de cette fameuse “Valentino red”, un rouge flamboyant devenu sa signature dès 1959. Pour lui, le style n’était pas affaire de provocation ou de déconstruction, mais de maîtrise absolue des codes du glamour.
Son parcours est jalonné de moments historiques, comme la robe en dentelle crème créée pour le mariage de Jackie Kennedy avec Onassis en 1968, ou encore les tenues spectaculaires portées par Julia Roberts aux Oscars 2001 et Cate Blanchett en 2005. Plus qu’un couturier, il était un scénographe de l’apparat, un architecte du raffinement. Sa capacité à comprendre les désirs de ses clientes tout en imposant une esthétique immuable lui valut une longévité rare dans un secteur souvent impitoyable.
Mais derrière l’image solaire, l’homme savait s’entourer. Giancarlo Giammetti, son partenaire de toujours, fut l’architecte discret de son empire. Ensemble, ils ont fait de Valentino une marque mondiale, tout en maintenant une indépendance artistique farouche, jusqu’à ce que les exigences du luxe contemporain les poussent à céder leur maison en 1998. Pourtant, même après son retrait, Valentino n’a jamais vraiment quitté la scène. Il continuait à créer des robes de mariée sur-mesure, à superviser des événements grandioses, et à vivre dans un décor digne d’un film de Visconti, entre palais, châteaux, yacht et ses légendaires carlins aux noms commençant tous par un M.
Le décès de Valentino marque la fin d’un âge d’or, celui où la couture était une célébration du rêve. Dans un monde de mode en perpétuelle accélération, il incarnait la constance du bon goût, la fidélité à une vision sans compromis : celle d’un monde où chaque robe est une déclaration d’amour à la beauté.