C’est un crayon qui ne tremblait jamais, même face à l’absurde. Un regard qui, d’un seul clin d’œil graphique, en disait souvent plus que mille discours. Tarik Bouidar, que l’on connaissait sous la signature de Rik – et parfois Carlos, selon les pages qu’il habillait de ses caricatures – s’est éteint le 8 janvier 2026 à Casablanca. Il avait 50 ans. Derrière lui, un héritage dessiné, mordant, mais toujours humain.
Il y avait chez Rik une manière rare de capter l’air du temps sans jamais s’y engluer. Un œil curieux, une oreille tendue vers le brouhaha du monde, et cette capacité précieuse à transpercer l’actualité d’un simple coup de crayon. Le ton était mordant, certes, mais jamais gratuit. Il visait juste, et il visait avec le cœur. Car dans ses caricatures, il n’y avait ni méchanceté ni cynisme. Juste une tendresse grinçante, celle qui naît d’un véritable souci de justice et d’humanité.
Rik n’était pas un homme de scène. Il ne recherchait ni les projecteurs ni les déclarations pompeuses. Pourtant, dans les coulisses des rédactions et autour des cafés entre amis, il brillait. Par sa finesse d’esprit, par ses piques inoffensives qui touchaient toujours juste, par sa capacité à rire de tout, y compris de lui-même. Et surtout, par sa présence chaleureuse. Il prenait le temps de demander des nouvelles, de s’inquiéter des absents, de retenir les noms et les histoires. Ce genre de détails que beaucoup oublient, mais que lui n’a jamais négligés.
On l’imaginait éternel, à force de le voir depuis tant d’années habiller l’actualité d’un trait ferme. Et même si on savait la maladie présente, elle paraissait bien pâle face à la vivacité de son regard. Aujourd’hui, la nouvelle de sa disparition laisse un vide. Non seulement dans les colonnes qu’il ne remplira plus, mais aussi dans le cœur de ceux qui l’ont croisé, même brièvement.
Les artistes comme Rik ne s’effacent jamais tout à fait. Ils continuent à parler à travers leurs œuvres, leurs dessins, leurs silences. Et quelque part, on se prend à espérer qu’au détour d’un nuage, il griffonne encore quelques critiques pour les anges.
Adieu, Rik. Merci d’avoir su, mieux que quiconque, mettre de l’âme dans l’encre.